Les Nuages du New-Age (N°8 Satanisme)

Les Nuages du New-Age (N°8 Satanisme)

Si Springmeier avait pris le temps de comprendre cette explication de Crowley il aurait pu s’apercevoir que ce dernier ne faisait qu’énoncer une vérité métaphysique de base, à savoir que nos décisions (un disciple qui se prétendait « héritier » de Crowley parlait de « postulats ») peuvent se manifester dans le monde physique, ce qui n’a rien de satanique, puisque ça se déduit immédiatement du fait que l’homme a été créé à l’image de Dieu dont on connaît le premier « postulat » : « fiat lux ! » Il est probable que quand Springmeier décide d’écrire un bouquin, il se sert aussi de la Magick puisque le bouquin existe effectivement ! Ce serait beaucoup plus intéressant de s’occuper de la devise de Crowley (déjà citée deux fois) ; « Fais ce que tu veux doit être la totalité de la Loi ! » pour en comprendre la dérive satanique, et encore faudrait-il que Springmeier en connaisse beaucoup plus sur la métaphysique (mais il l’ignore puisqu’il la prend pour du gnosticisme…), car cette « loi » ressemble beaucoup à la description du but même de la métaphysique qui s’appelle « l’Homme Transcendant » pour le Taoïsme, la « Délivrance », Moksha, pour les hindous, la « Divinisation » pour les chrétiens orientaux, la « Perfection » pour les anciens chrétiens occidentaux, et « l’Identification Suprême » pour les musulmans. Mais cette fois, la distorsion satanique de Crowley est visible puisqu’il croit que c’est en tant qu’homme qu’il peut être « tout puissant », autrement dit, il espère devenir Dieu sans cesser d’être un homme, alors que la métaphysique ne commet pas cette erreur. Pour reprendre l’expression musulmane, arrivé à l’Identification Suprême, l’homme et Allah sont identiques, autrement dit l’homme a disparu en tant que tel. Ici l’accent est mis sur l’omniscience, non sur l’omnipotence. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’au cours de son voyage spirituel on se retrouve doué de possibilités d’action extraordinaires, mais la Doctrine insiste beaucoup sur le fait que s’attacher à ces « pouvoirs » fait perdre tout espoir d’évolution spirituelle ultérieure, ce qui est précisément une condamnation sans appel des techniques de Crowley pour réussir à réaliser ce qui paraît impossible. Car bien sûr, le fin mot de Crowley ne tient pas dans le fait de manger un sandwich ou de passer un coup de fil, mais d’extrapoler l’observation élémentaire qu’un homme réalise sa vie par des postulats et de chercher à faire que ces postulats fonctionnent dans tous les cas, autrement dit de faire en sorte d’éviter des échecs.

En résumé, il se trouve que Crowley a parfaitement raison dans la citation qui est donnée, et qu’il n’y a rien de spécifiquement satanique là dedans, de la même façon que l’utilisation de symboles variés comme le svastika ou l’étoile de David ne prouve aucunement l’appartenance au satanisme de ceux qui les invoquent ou les utilisent. Texe Marrs, déjà évoqué, pousse même le bouchon plus loin puisque pour lui, c’est toute la géométrie qui est satanique, et l’arithmétique aussi d’ailleurs, comme si ces deux domaines n’avaient pas été créés de toute éternité par l’Auteur de l’univers lui-même et « avant » même cet univers !!! Un symbole n’est qu’une chose manifestée, comme un scarabée ou une étoile, et en lui-même il n’a aucune dédicace de sainteté (spirituelle) ou de satanisme. C’est l’intention de son utilisation qui lui donne sa « couleur ». Tant que le symbole est considéré dans sa relation « sym-bolique » avec son principe, et comme l’expression de ce principe, il est considéré dans sa relation à « Dieu », comme le Verbe lui-même dont c’est le prototype. En revanche, s’il est considéré en lui-même, de façon « dia-bolique » ; c’est-à-dire indépendamment de son principe, à l’image de Lucifer après sa révolte, alors là il devient « satanique » ! Autrement dit ce qu’il y a de satanique dans la prose de Crowley, c’est le contexte qu’il n’exprime pas ici : la seule chose qui fait que nous réussissions tous à faire de la « Magick », c’est grâce à la volonté de Dieu qu’Il exprime par son accord pour réaliser ce que nous désirons, et que « sans Lui nous ne pourrions rien faire » du tout, ni manger des sandwiches ni téléphoner à des amis… !

Techniquement la Magick ne devient telle que si l’on utilise des invocations pour que nos désirs se réalisent, et c’est en cela seul que constitue le satanisme ou le luciferianisme proprement dit. Des tas de gens ont des capacités qui font croire à de la magie ou de la sorcellerie, mais ce ne sont que des dons qu’ils ont reçus à leur conception (en tant qu’esprits) et ils n’ont pas besoin d’invoquer une puissance quelconque pour réaliser leurs exploits télépathiques ou psychokinétiques, comme les « magnétiseurs » qui guérissent à distance. Toutes ces choses font seulement partie des capacités humaines, certains les manifestent spontanément, et ils sont souvent ceux qui les attribuent directement à Dieu lui-même, par exemple en refusant de se faire payer pour exercer leurs dons, alors que les magiciens ou les sorciers « diplômés » ont l’illusion que c’est leur « technologie » (leur « art ») qui leur confère des pouvoirs personnels. Dans tous les cas, comme je l’ai dit, Springmeier ne remarque que les aspects spectaculaires des cérémonies sataniques et n’a aucune notion de ce qui est réellement mis en jeu, ce qui lui fait voir du satanisme partout. C’est évidemment facile pour peu qu’un symbole ait été utilisé diaboliquement par un groupement sataniste quelconque. D’autant que les satanistes prennent un malin plaisir à « diaboliser les symboles » des traditions authentiques… Et je m’étonne beaucoup qu’il n’y ait dans son livre aucune mention du Rock’n roll, dont les disques et les concerts, sont véritablement des rites sataniques, qui entraînent leurs participants inconsciemment sur des « programmations » du même genre que celles dont il parle à tout bout de champ. Quant à Marrs, si je le cite sans examiner ses œuvres, c’est parce qu’il est tellement à côté de la plaque que ça ne nous apprendrait rien d’utile. C’est la première erreur, l’erreur originelle, qui entraîne les autres : une fois le processus engagé, l’examen de la chaîne ne sert plus qu’à écrire des bouquins de centaines de pages sans risquer de manquer de matière.

L’indice direct de la confusion de Springmeier, c’est quand il attribue l’épithète de « spirituel » à la mythologie fantaisiste de Hitler ! Il n’a vraiment aucune idée de ce dont il parle et la spiritualité risque de lui échapper jusqu’à la fin de ses jours, alors laissons le jouer avec ses boues psychiques… De toute façon, quelqu’un qui peut sérieusement parler de Lucifer comme étant le frère du Christ a pas mal de ménage à faire dans son mental, même s’il ne croit pas avoir été programmé par des satanistes…

En 1960 Jacques Bergier et Louis Pauwels dans leur « Matin des Magiciens » avaient déjà évoqué les curieuses coïncidences entre l’idéologie mystique des Nazis et la métaphysique qu’ils avaient connue par l’intermédiaire de René Guénon. Mais eux au moins n’avaient pas fait l’amalgame. En 1990, Alexandre de Danaan a étudié la « Mémoire du sang », publié chez Archè, où il passe en revue les aspects techniques des « lignées » de Springmeier ce qui rend son bouquin bien plus intéressant et informatif (et beaucoup moins long) que les pavés de notre Américain.

Retenez en tout cas qu’il y a bien peu de différences entre la sorcellerie (les satanistes ou les lucifériens) et la métaphysique puisque les deux rendent compte de toutes les manifestations tant psychiques que physiques, ce qui est bien mieux que ce que prétend désespérément notre science moderne. En fait, il n’y a qu’une seule différence, mais elle est à la fois de taille et parfaitement invisible : les métaphysiciens rattachent tout à un principe (l’Infini) alors que les sorciers rattachent tout à un principe « fini », à savoir, ultimement, Lucifer ! Comme personne (sauf vous maintenant) ne comprend cette nuance, ça peut expliquer que tout le monde se trompe, mais la différence, de comportement cette fois, entre les sorciers et les « religieux » (qui ne sont que rarement des métaphysiciens), c’est que les premiers parlent de ce qu’ils savent par expérience et n’en font pas trop de publicité alors que les seconds ne parlent que de ce qu’ils croient sans rien véritablement y comprendre et qu’ils s’évertuent pourtant à diffuser. Mais quittons notre délicieux auteur qui n’a pas eu le bonheur d’être traduit en Français et revenons à nos anglo-saxons !

Lors d’une enquête policière, quand plusieurs témoins racontent exactement la même histoire avec les mêmes mots, les policiers savent qu’ils se sont mis d’accord entre eux, car si des gens sont témoins de la même scène, ils la voient d’un point de vue différent, le « point de vue » concernant ici aussi bien le lieu physique de l’observation que la base culturelle utilisée par chaque témoin pour interpréter individuellement ses perceptions. Donc les témoignages doivent être cohérents mais pas identiques !

La pseudo-métaphysique des Neale utilise les mêmes phrases avec les mêmes mots que l’absence de métaphysique de Icke, ce qui laisse supposer une origine commune. Pour des gens persuadés d’être libres de leurs pensées ça n’est guère convainquant ! En particulier Icke aurait dû lire les Conversations de Neale, pour y apprendre la vérité que nous citions tout à l’heure, à savoir qu’en évitant, ou en croyant éviter, ou en essayant d’éviter, quoi que ce soit, on crée quelque chose d’équivalent. Et Icke nous en fournit deux démonstrations.

En s’opposant à ce qu’il croit être les religions, il se fabrique la sienne, largement aussi ridicule que ce qu’il critique, à base d’anciens « dieux » récupérés un peu partout et en se basant sur « l’autorité manifeste » des chamanes sud Africains (comme son Credo Mutwa, LE grand chamane Zoulou, au prénom bien choisi, qui ne se trouve pas de disciples…, en dehors de Icke, probablement) ou les medicine men rencontrés par hasard. (Castaneda avait bien son sorcier Yaqui !)

En s’opposant au paradigme scientifique, il en crée un nouveau tout aussi grotesque à base de « vibrations » dans un « non-espace » et un « non-temps, qui se trouve malheureusement être l’espace-temps auquel nous sommes habitués : la même inversion que la confusion numéro 2 que nous avons notée chez les Neale. Ce qui n’empêche pas ce « monde éternel et holographique » de passer son « temps » à se syntoniser !

Les contradictions de Icke sont toutefois bien plus nombreuses que celles des Neale !!! Comme il est persuadé de la réalité de sa « Perception infinie », il ne parle jamais de l’Esprit, qui est à la fois bien moins et bien plus. Bien moins, parce qu’Il n’est pas « aussi infini » que sa Perception, mais bien plus, car Il se caractérise au moins aussi par une conscience et des possibilités de décisions actives, d’actions. Un microphone « perçoit » des sons, une caméra perçoit des images, une éolienne perçoit le vent, mais aucun de ces percepteurs n’a de conscience ni de possibilité d’action autonome.

Les Neale aussi veulent que leur « âme » soit infinie et rappelons que Icke a écrit un bouquin à la gloire de « l’Amour infini » (« L’Amour infini, Vérité unique – tout le reste n’est qu’illusion » !) Et les Neale sont sûrement aussi d’accord…

Évidemment ça ne peut pas avoir de rapport avec le fait que « Dieu soit Amour », puisque ce n’est qu’une manipulation des religieux ignares… Mais si, à notre époque de sexualité névrotique et omniprésente, on n’arrête pas de parler d’amour, on n’en connaît plus rien d’autre que la baise, ce qui est un peu réducteur et n’a souvent aucune caractéristique permettant de parler d’Amour. L’épisode célèbre du « Pierre m’aimes-tu ? » en est une bonne illustration, tout autant que l’injonction « Aimez-vous les uns-les autres, comme Je vous ai aimé » que l’on prend plutôt maintenant comme une incitation à la partouze mondiale. Monseigneur Gaillot n’a-t-il pas dit que « les homosexuels (et les putains…) nous précéderaient dans le Royaume parce qu’ils ne vivent que d’Amour ! » ? Or il semblerait que les putains soient une « race » universellement méprisée, même par ceux qui font commerce (l’amour) avec elles.

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